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  • Photo du rédacteurMarjorie Libourel

Comment je suis devenue Matchmaker à Bruxelles

On me demande souvent comment je suis arrivée dans l’industrie du matchmaking, cet univers encore si peu connu et si mystérieux, ce qui me vaut souvent d’être le centre de l’attention en soirée ou lors d’un dîner, au risque d’être même un peu gênant.

La vérité est que comme Obélix je suis tombée dedans quand j’étais petite, et un peu par accident. Après 5 ans d’études à Sciences Po en France et en Angleterre, je débarquais à Bruxelles, avec un double master en Relations Internationales en poche, pour « changer le monde ». Je faisais soi-disant partie de « l’Elite de ma Nation ». Hélas, il se trouve que la réalité du terrain s’avéra bien différente : premier boulot, je me retrouvai surtout à faire de nombreuses photocopies et servir du café à des personnes du quartier européen de Bruxelles, lobbyistes, diplomates, mais surtout des gens qui, je trouvais, ne faisaient pas grand-chose.


Quelle déception, quelle dépression. Tout ça pour ça ?


Un jour, alors que je n’arrivais plus à me lever pour aller bosser malgré un salaire confortable, j’ai décidé que partir était une question de survie. Deux semaines d’arrêt maladie, telle était ma date butoir pour trouver un nouveau sens à ma vie. Au bout de dix jours et après un envoi effréné de CV, je fus recrutée par un opérateur de voyage mondial cherchant des personnes multilingues pour travailler à l’international. Au bout de deux jours j’ai été engagée et n’ai pas hésité une seule seconde. Deux semaines plus tard, je quittais mon bureau bruxellois avec ma valise devant mes collègues bouche bée, et m’envolais pour Madère, au milieu de l’Atlantique, où je passerais les 8 prochains mois à vendre des excursions, et nager avec les dauphins.

La lecture de l’ouvrage « Bullshit jobs » du philosophe canadien (à ce jour décédé, paix à son âme) devenu mécanicien David Graeber fut le détonateur. C’était décidé, je ne reviendrais plus travailler dans un endroit dépourvu de sens.

Les années qui suivirent furent celles de nombreuses expérimentations professionnelles, allant d’employée en Marketing pour un grand groupe français - expérience tout autant catastrophique, à professeure agrégée en sociologie. Tous les ans ou presque, j’ai changé d’emploi et mes parents avaient toujours un peu honte en société lorsqu’on leur demandait « et Marjorie elle fait quoi en ce moment ? »

Puis est arrivé le grand jour. Je m’en souviendrai toujours. On était en été, et je savourais mes premières grandes vacances en tant que professeur, le Graal tant attendu de tout enseignant. Aimant mon métier, mais déjà dégoutée de la manière dont est traité le corps enseignant (précarité, instabilité des contrats…), je me trouvais en train de scroller dans mon lit sur cette petite mine d’or qui est LinkedIn. C’est alors que je tombai sur l’annonce de « Private Matchmaker » pour une prestigieuse agence de rencontres internationale. Il s’agissait de devenir le bras droit pour la filiale belge. L’annonce était brève, mystérieuse. « Êtes-vous doté(e) d’une grande intelligence émotionnelle et d’une grande capacité d’écoute? Si vous avez une passion pour les relation amoureuses et humaines, alors ce job est fait pour vous ». Intriguée et plutôt joueuse, je cliquai sur « Postuler », « pour le fun ». Puis je mis tout cela de côté. Quelques semaines s’étaient écoulées lorsque je reçus un appel d’une dame à la voix précieuse, ce qui me fit d’abord sourire. Elle souhaitait me rencontrer. Elle me donna rendez-vous dans un bel hôtel bruxellois. Enseignante à l’époque, étais justement en formation à Bruxelles ce jour-là et quand on est prof en formation, il faut être à l’aise, c'était donc jeans et T shirt. Par bienséance, je la prévins. « Aucun souci », me dit-elle. C’est ainsi que, sandales Dr Martens aux pieds, je m’apprêtai à aller en entretien pour le métier qui changerait ma vie.

Malgré notre différence de style, le match fut instantané. « Quand peux-tu commencer » ? Elle eut l'ouverture d'esprit de me faire confiance, même si mes codes étaient différents.

C’est ainsi que l’histoire débuta. Et quelle histoire.. !

Ce qu’est être un Matchmaker

Repris de l’anglais, le terme « Matchmaker » peut se traduire par « Entremetteuse », même si cela sonne un peu douteux, ou « Marieuse ». Un Matchmaker est en résumé une personne mettant en relation deux individus dans la potentialité de les faire entrer dans une relation amoureuse, durable de préférence. Il se pratique dans toutes les cultures et depuis des millénaires : chez les Juifs, chez les Indiens, les musulmans mais aussi dans nos cultures occidentales ancestrales. Nos aînés, arrière-grands-parents, oncles et tantes, occupaient également ce rôle dans nos cultures occidentales ancestrales, comme mon arrière-grand-mère aveyronnaise qui, toujours de manière douce et bienveillante, conseillaient les jeunes gens en âge de se marier sur leurs fréquentations.

Dans le contexte de mon métier, le milieu social de mes clients dans lequel je rentrais était particulièrement élevé. Loin d’être démocratique, le prix du membership élevé permettait de sélectionner une clientèle sur le fil : très éduquée, très haut de gamme, très cosmopolite. Très vite, je troquai mes sandales Dr Martens pour des talons, et un tailleur, toujours en respectant mon identité. Ai-je trahi « ma caste » ? « C’est dégueulasse, c’est tellement élitiste », ai-je entendu. Ma foi, je ne trouve pas. C’est de l’endogamie pure, mais mon comme me l’avait mon professeur de socio en 1ère année à Sciences Po, l’amour échappe rarement au déterminisme. Je reviendrai sur le sujet.

Je n’avais aucune idée de ce dans quoi je me lançais. Mais une chose est sûre : je n’ai jamais regretté ce choix et ce métier fut la plus belle chose qui m’est arrivé et qui eut un impact sur ma vie à bien des égards.


Mon premier entretien, dit "intake" dans le jargon en tant que Matchmaker fut avec ma collègue.


Nous nous apprêtions à recevoir G. A tout juste 40 ans, G. était un révolté de la vie. Provenant d’une grande famille belge issue de la noblesse, G. rejetait pratiquement tout de son milieu social et ne se reconnaissait pas dans les rallyes et autres évènements destinés à lui faire rencontrer la bonne épouse qui lui permettrait de pérenniser la fortune familiale et d’assurer une descendance. Maladroit et peu à l'aise, c’était un homme imposant, avec un charme certain mais semblant plutôt perdu, ce qui était touchant. S’il s’occupait des investissements familiaux, sa passion restait toutefois celle du théâtre. Il en avait d’ailleurs acquis un récemment et prenait plaisir à financer divers spectacles.

J’ai tout de suite perçu qu’il cherchait à sortir de son milieu. Il lui fallait une femme intelligente, éduquée, mais provenant d’une autre culture. Quelques semaines plus tard, je le présentais à A., superbe jeune femme, initialement diplômée de la SOAS à Londres en Anthropologie et dirigeante d’une ONG. G. et A. vivent aujourd’hui entre l’Angleterre, la Belgique et l’Afrique, un enfant est né et le deuxième est en route.

Si un Matchmaker ou un soi-disant expert vous parle de « science de matching » comme l’on peut le voir dans certaines émissions que je me garderai de citer, c’est tout simplement du vent. Être un bon Matchmaker, c’est faire preuve d’instinct. C’est ressentir les gens. C’est avoir une passion pour leur histoire, leur vécu et ressentir une puissante intuition qui nous pousse à une vision de partenaire pour notre client. A mon niveau international sur lequel je travaille, c’est aussi posséder une importante culture générale pour être capable de comprendre un individu, sa culture, ses références. Le fait d’avoir vécu dans 8 pays et de parler 5 langues est un atout incontestable.

Je n’ai plus changé de métier depuis 5 ans. Au-delà d’une profession, être Matchmaker est pour moi plus qu’une vocation. C’est une identité. Prochainement, je continuerai de vous partager mes enseignements, car c’est un également un vrai laboratoire humain.

Bien à vous,


Marjorie


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